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Dram : panique sur le marché des changes

L’économie de l’Arménie a été bien secouée en cette fin d’année 2014, puisque la monnaie nationale a perdu 11,6% de sa valeur par rapport au dollar américain. Le début de 2015 risque-t-il d’être aussi mouvementé ?

Les causes de la dépréciation du dram
Enclenchée au début du mois de novembre, elle est la conséquence de la forte baisse du rouble russe, du recul des transferts de fonds des émigrés arméniens de Russie, de l’importance croissante du déficit commercial de l’Arménie mais aussi de l’appréciation du dollar américain par rapport à l’ensemble des autres monnaies.

Durant le mois de novembre, le dram a perdu 11% de sa valeur par rapport au dollar, dont 4% le lundi 24 novembre (le « lundi noir »). Le 10 décembre, le taux de change s’établissait
à 457 drams pour un dollar, soit la valeur la plus basse depuis dix ans.

Pour empêcher une chute plus importante, la Banque centrale d’Arménie (BCA) aurait vendu 92 millions de dollars durant les trois premières semaines du mois.

taux

1) Les sanctions occidentales ont eu des effets très négatifs sur l’économie russe, mais c’est surtout la baisse des prix du pétrole et du gaz qui a conduit la Russie au bord de la récession. Pour les prévisionnistes, l’économie russe va continuer à se contracter et la Banque centrale russe prévoit une croissance zéro pour l’année prochaine.

2) Par ailleurs, la Russie est un partenaire commercial majeur de l’Arménie, la principale source d’approvisionnement en gaz naturel, et surtout, elle fournit du travail à des centaines de milliers de migrants arméniens qui envoient de l’argent à leur famille en Arménie. Les chiffres officiels indiquent que ces envois de fonds ont reculé à un rythme accéléré au cours de 2014 et que les exportations vers la Russie ont chuté de 6,2% entre janvier et septembre.

3) L’importance du déficit commercial de l’Arménie :
structurellement, ses importations représentent trois fois la valeur d e s es e xportations. C e d éficit, q ui e st é quilibré par les transferts de fonds des travailleurs à l’étranger, risque de
s’aggraver à l’avenir. En effet, une dépréciation, par un effet mécanique de taux de change, fait grimper le prix des produits importés. A cela, il faut ajouter le fait que le manque de prévisibilité combiné à une croissance atone augmente les incertitudes dans les affaires ; pour se couvrir, les importateurs et autres hommes d’affaires majorent leurs prix. C’est le début d’un processus inflationniste, suivi probablement d’une dépréciation encore plus forte de la monnaie nationale. Il faut signaler aussi que la dépréciation du dram n’est pas liée à l’intégration de l’Arménie à l’Union économique eurasienne (UEE), puisque la monnaie géorgienne, le lari, a subi une dépréciation encore plus forte.

Gouvernement

La réaction des autorités et du FMI
1) Dès le début de ce processus, les responsables arméniens ont tenté de désamorcer les inquiétudes de la population car les craintes de dépréciation, réelles ou supposées, sont
souvent plus dangereuses que les causes économiques réelles. Elles donnent lieu à des mouvements de panique et à des opérations de change spéculatives (achats de dollars).
Ainsi, à plusieurs reprises, la BCA a exhorté la population de ne pas faire d’opérations de change spéculatives, qui ne font qu’aggraver la situation.

Elle a également indiqué que le pays possédait assez de réserves de change pour prévenir toute fluctuation artificielle (spéculation) du taux de change et assurer la stabilité financière du pays. Mais le recul du dram s’est poursuivi, quand bien même la BCA a modifié sa politique.

En effet, depuis le 8 décembre, elle vend des quantités fixes de dollar aux banques commerciales et publie quotidiennement les informations relatives aux différentes transactions, par souci de transparence mais aussi pour rassurer les opérateurs et stabiliser les marchés. De leur côté, certains bureaux de change ont même refusé les transactions en dollars. Malgré cette mesure, à la clôture du mercredi 10 décembre, le dram avait encore reculé.

2) La représentante du Fonds monétaire international
(FMI) à Erévan a confirmé aussi que la BCA avait assez de réserves pour surmonter ces turbulences du marché. Elle a insisté en outre sur le fait que les autorités devraient neutraliser les retombées de la récession russe par des mesures qui stimulent une croissance économique plus rapide. “ Le gouvernement devrait améliorer radicalement l’environnement des affaires ; par exemple, la baisse des prix internationaux du pétrole n’a pas entraîné de baisse des prix du carburant en Arménie. Ceci souligne une fois encore que la concurrence ne fonctionne pas dans des secteurs clés de l’économie. ”

Par ailleurs, la BCA a encouragé le gouvernement à réviser le budget 2015 nouvellement adopté, soulignant que “ divers développements qui avaient été considérés comme des risques en septembre dernier, au moment de son élaboration, sont maintenant des réalités ”. Pour la représentante du FMI, le déficit relativement faible du budget permet une augmentation des dépenses pour soutenir l’économie (nouveaux emplois et investissements publics). Ces derniers permettent de construire de nouvelles infrastructures (routes, écoles) ; ce sont des investissements à long terme qui doivent être maintenus, alors que d’autres postes de dépenses peuvent être réduits.

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Quelques exemples d’augmentations de prix
Comme on pouvait s’y attendre, les prix ont immédiatement réagi à la dépréciation du dram.
1) Les prix des produits alimentaires, surtout importés, ont augmenté de 13% entre le 20 novembre et le 10 décembre, alors que la dépréciation a été de 13% durant la même  période (de 413 à 463 drams (AMD) pour 1 dollar ($)). Des hausses de prix ont été constatées sur les produits non importés tels que les produits laitiers.

2) Le même phénomène a été observé pour les aliments et médicaments importés dans le domaine de l’aviculture. Selon les prévisions, les prix des matériels agricoles devraient
augmenter de 13-14% pour les tracteurs, 19% pour les camions, 5% pour les graines de semence et 8-9% pour les engrais.

3) Le gaz liquéfié a enregistré une hausse de 27,8% (230 AMD au lieu de 180 le m3) alors qu’au 10 décembre, la dépréciation était de 13% et GazProm n’avait pas répercuté les effets
de la dépréciation sur ses propres prix. Ces augmentations ont accru de 3 000 drams (6 $) les coûts journaliers d’exploitation des bus de transport public, ce qui est difficilement supportable. Un ticket de bus coûte aujourd’hui 100 drams (environ 20 cents américains), mais peut-être pas pour longtemps.

4) Parallèlement, les prix des produits pétroliers, qui proviennent en majorité de Russie, ont enregistré une hausse de 10 drams par litre durant les dix premiers jours de décembre.
La population arménienne s’attendait plutôt à leur baisse, après l’accord arméno-russe sur la libre circulation des produits pétroliers, du gaz et du diamant brut entre les deux pays.
Lorsque l’Arménie importait ces produits d’Europe, les variations étaient bien plus  prévisibles et les prix suivaient la tendance mondiale. L’augmentation des prix des  transports publics semble donc inéluctable, à plus ou moins longue échéance. Il faut espérer que les autorités monétaires parviendront  surmonter les difficultés actuelles et à juguler les comportements de méfiance envers la monnaie nationale. Et surtout qu’elles pourront maîtriser avec un minimum de dégâts la transition de l’économie arménienne vers l’UEE, qui s’annonce assez compliquée.

Gérard Achdjian
APRICOT Group
Mise en relations d’affaires avec l’Arménie
www.apricotgroup.eu
Pour des informations détaillées sur l’économie de l’Arménie, veuillez consulter le site www.gab-ibn.com