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L’agriculture arménienne : progrès et défis (4)

Aujourd’hui nous terminons notre série consacrée à l’agriculture arménienne avec la présentation des dernières évolutions dans le secteur vinicole.

Quatrième partie : la viniculture et la viticulture
Cette année a été caractérisée par une production abondante de raisins et parallèlement par un ralentissement des exportations des produits transformés (vin et brandy) révélant ainsi des problèmes d’organisation et de gestion.

1- La surproduction de raisins
En 2015, la récolte de raisins a été abondante en Arménie grâce à des conditions
météorologiques favorables : chaleur de l’été, absence de maladies et de pluie. Environ
300 000 tonnes ont été produites dont 210 000 tonnes vendues à des entreprises de transformation (vin, brandy) et 8 000 tonnes exportés.

2- La baisse des exportations de vin et de brandy
Les marchés traditionnels d’exportation sont ceux de Russie et, dans une moindre mesure, des autres pays de la UEE (Union Economique Eurasiatique). Mais pour diverses raisons les produits transformés n’ont pas pu être exportés selon les prévisions initiales.
La première c’est la mauvaise situation économique en Russie et la dépréciation du rouble par rapport au dollar.

Il est utile de rappeler ici que les exportateurs arméniens vendent en dollar alors que la demande russe s’exprime en rouble. L’évolution du taux de change rouble/dollar peut donc influencer  les exportations arméniennes ; dans ce cas la dépréciation du rouble a eu pour conséquence de les limiter.

La deuxième raison est le coût élevé des transports vers la Russie ; c’est un frein récurrent pour les agriculteurs et producteurs qui supportent eux même ces frais. Le gouvernement devrait les aider à trouver le moyen de transport le plus adéquat et  accorder des prêts.
En troisième lieu les agriculteurs ont eu des difficultés pour vendre leurs récoltes aux usines de transformations en Arménie même en raison du ralentissement des exportations de vin et de brandy pour les raisons évoquées plus haut.

Cependant, même si beaucoup de villageois ont subi des pertes, certains petits agriculteurs ont pu exporter pour la première fois grâce à la simplification des procédures d’échanges entre les membres de l’UEE et la majorité des quelques 50 entreprises de transformation ont continué à acheter des raisins puisque l’Etat a garanti l’ensemble de la récolte.

Pour le Président de l’Association de l’Union des producteurs, il faut attendre la stabilisation de l’économie russe et du rouble pour exporter et réaliser des profits.

3- La présence insuffisante des vins arméniens en Russie et les marchés internationaux
La demande de vins arméniens n’est pas suffisamment importante en Russie en raison de la concurrence des vins bulgares et chiliens qui sont moins chers et surtout des vins géorgiens.

Cette concurrence est très dure et lorsque les vins géorgiens ont été interdits sur le marché russe il y a quelques années, l’Arménie aurait pu profiter de l’occasion pour doubler ses exportations vers la Russie, mais rien n’a été fait pour cela.

Selon le Président de l’Union des consommateurs, durant les neuf premiers mois de 2015 la Géorgie a produit 24 millions de bouteilles de vin, alors que l’Arménie n’en a produit que   600 000 à 1 million.

Il est important d’analyser les raisons pour lesquelles les vins arméniens, qui remportent des prix lors de concours internationaux, n’occupent pas une place de choix sur les marchés mondiaux et en Russie.

4- Mesures destinées à améliorer la demande intérieure et les exportations
Selon les observateurs les responsabilités incombent aussi bien à l’Etat qu’aux agriculteurs et aux producteurs.

a- Une plus forte implication de l’Etat est souhaitée pour réguler les relations entre agriculteurs et industriels et mettre en place une politique de prix.

En effet, les industries de transformation qui  ont des ressources financières importantes sont bien plus puissantes que les agriculteurs ; elles sont les maîtres du jeu et la distribution des revenus se fait toujours en leur faveur.

Par contre les villageois ont des difficultés à vendre à des prix justes qui puissent leur permettre de produire et de vivre convenablement.

Pour les professionnels du secteur le rapport des forces pourrait s’améliorer par :
– la signature de contrats pour déterminer au préalable les prix et les volumes des transactions,

– la contribution de l’Etat à la création d’entreprises publiques de transformation ainsi que de coopératives de vin avec la participation  les producteurs de vin.

– l’octroi de prêts aux producteurs pour leur permettre de payer les agriculteurs avant de produire et de vendre au bon moment en fonction de la demande et du taux de change par exemple.

b- Les agriculteurs ont aussi fait des erreurs en maintenant leur méthodes traditionnelles de culture et en refusant de diversifier leurs productions.

c- Du côté des producteurs la modernisation des équipements et des méthodes de production n’a pas été assez rapide et il y a une grave pénurie de spécialistes.

d- La diversifications des marchés d’exportation serait une bonne stratégie ; l’ouverture vers la Chine est bien récente mais pas très agressive. Par ailleurs, les conséquences de l’adhésion à l’UEE n’ont pas été à la hauteur des attentes des exportateurs.

La création d’un ministère du Commerce Extérieur et la mise en place d’un plan de communication ambitieux paraissent être de nature stratégique et permettraient de rendre plus visibles les produits arméniens.

En conséquence 2016 sera une année difficile pour les agriculteurs puisque beaucoup ont vendu leur récolte à des prix inférieurs à ce qui était prévu. Mais on pense que les années suivantes la production de vin et de brandy augmentera fortement en raison des quantités importantes de raisins disponibles. Il  faut espérer que l’environnement économique des pays partenaires s’améliorera entrainant des exportations plus importantes.

Malgré les disfonctionnement de marché décrits plus haut, les vins d’Arménie ont des qualités incontestables et sont très appréciés. Ci-joint quelques informations qui peuvent aider les lecteurs dans leurs choix pour les fêtes de fin d’année.

Gérard Achdjian
APRICOT Group
Mise en relations d’affaires avec l’Arménie
www.apricotgroup.eu

Pour des informations détaillées sur l’économie de l’Arménie, veuillez consulter le site
www.gab-ibn.com

Informations sur quelques vins d’Arménie *
Vin rouge Armenia 2010 12,5°
Il est élaboré avec le cépage Aréni. C’est un vin demi-sec. La robe est rubis foncé. Le premier nez est fumé avec des notes de sous-bois, l’aération apporte des senteurs de cerises noires. Dès l’attaque en bouche la cerise burlat est présente sur un fond de sucres résiduels.
Sa « sucrosité » le destine tout naturellement à des préparations riches : légumes farcis tels : aubergines, courgettes (façon dolma) – Ichlikefté (boulettes arméniennes farcies à la viande) – un plat à base de bahmia (gombos) et de boulgour avec de l’agneau etc.

Vin rosé Arménia 2010 12°
Il est élaboré à partir de 2 cépages l’Aréni et le Kakhet. La robe est assez soutenu. Le nez de fraises bien mûres est soutenu par un chaleureux présent. La bouche est puissante et la fraise est très présente en bouche.
En finale un petit côté pétillant apporte de la fraîcheur en bouche et la framboise succède à la fraise. C’est incontestablement un vin de mezzés ou de barbecue en été.

Le vin Zorah Karasi Areni Noir,
fabriqué à partir de raisins provenant de la région d’Aréni, ce vin a été classé dans le top 10 de la liste de Bloomberg réalisé à partir d’une liste de 4000 vins.
Pour le chroniqueur de Bloomberg, Elin McCoy, « L’élégance soyeuse, la douceur des fruits accompagnée d’une note sauvage définissent ce vin. Il est fabriqué dans la région d’Aréni, où des archéologues ont découvert la plus ancienne cave du monde, vieille de 6100 ans », a ajouté McCoy.

Armenia Wine – Takar Red Dry rouge 2012  Aréni, région d’Aragatsotn
Savantes senteurs assemblées, de cuir et de fruits noirs auxquels se mêlent des notes de melon et de miel. Un vin peu classique mais très attachant, est-ce parce qu’il est né dans le berceau de notre civilisation œnologique ? Jolies notes de confiture en finale.
Accompagne, Rôti de bœuf, rôti de veau, Parmesan

* Une première version de ce document a été préparée par Jacques Bédrossian pour la foire aux vins et aux fromages d’Antony en septembre 2015.
Le stand du Club Franco-Arménien d’Antony qui présentait des vins arméniens a eu beaucoup de succès.