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Le développement de l’entreprenariat féminin : une urgence pour l’Arménie (I)

En 2011, l’Agence Nationale pour la Promotion des Petites et Moyennes Entreprises (ANP-PME) a adopté le principe d’une stratégie globale de développement avec une mention spéciale pour l’entrepreneuriat féminin. Cette approche a commencé à être élaborée à partir de 2013 avec le soutien de la Banque Asiatique de Développement. L’objectif est de promouvoir les PME, épine dorsale de la vie économique en Arménie, et surtout celles dirigées ou gérées par des femmes. Par ce biais l’égalité homme-femme devrait aussi s’améliorer.

Première partie : Le rôle des femmes dans l’activité économique : la stratégie de l’entreprenariat féminin

Une telle stratégie, qui a déjà retenu l’attention des autorités, nécessite des programmes de soutien spécifiques et la mise à disposition d’informations sur les besoins des entreprises dirigées par les femmes. Elle doit tenir compte aussi des principales difficultés et goulets d’étranglement qu’elles  rencontrent dans leurs démarches de création et de gestion d’entreprise.

1. Les principales contraintes rencontrées par les femmes entrepreneurs
Dans les pays développés, les stéréotypes et les modèles patriarcaux ont fortement diminué durant ces dernières décennies ; aujourd’hui 40-45% des entreprises sont dirigées par des femmes contre 13% environ en Arménie.

Les difficultés auxquelles sont confrontées les femmes arméniennes sont plutôt d’ordre systémique. Elles ne concernent pas uniquement les difficultés classiques de création et de gestion mais sont aussi d’ordre sociétal et fonction de stéréotypes qui perdurent. On peut distinguer plusieurs niveaux de difficultés souvent interdépendantes :

– au niveau socio-culturel les femmes jouent surtout un rôle social et éducatif dans la famille ; la responsabilité économique du ménage est dévolue aux membres masculins du ménage.
– au niveau de l’environnement économique, les entrepreneurs (hommes ou femmes) ont besoin de mesures de soutien et de services adaptés pour s’intégrer aux circuits économiques. Ces éléments font souvent défauts ou ne sont pas assez connus par les intéressés.
– au niveau de l’entreprise, producteurs et entrepreneurs ont besoin de compétences indispensables pour atteindre leurs objectifs. Le renforcement des formations techniques et managériales est une nécessité (*).

2- L’importance des femmes dans la vie économique et sociale
En Arménie, il existe peu de données sur la participation des femmes à l’économie du pays ; seules certaines études comparatives internationales apportent quelques éclairages. Ainsi, en 2012 l’Arménie occupait la 92ème place sur 135 pays pour « l’indice général d’inégalité homme/femme » (Rapport sur le Développement Humains de l’ONU) ; elle était 25ème pour l’éducation, 76ème pour la participation économique, 104ème pour le nombres de sièges occupés par les femmes au parlement et 130ème pour la santé.

Ces indices montrent la position relativement bonne de l’Arménie en ce qui concerne l’égalité dans l’éducation, mais des places moins bonnes, voir mauvaises, pour les autres segments de l’indice.

Ces constatations donnent une idée générale de la situation et invitent les responsables à mettre en place des politiques concrètes pour promouvoir l’égalité homme/femme. Si l’idée d’une stratégie globale a été acceptée il y a quelques années déjà, rien de concret (ou presque) n’a été fait jusqu’à présent.

3- Définition d’une entreprise « au féminin »
L’ANP-PME a défini de la manière suivante une entreprise appartenant à une femme ou à majorité de femmes.

C’est une entreprise où :
– plus de 60% des cadres supérieurs sont des femmes,
– ou bien plus de 50% du capital appartiennent à des femmes,
– ou bien plus de 50% des salariés sont des femmes.
Mais généralement le critère pris en compte en Arménie c’est la personne au nom de laquelle l’entreprise est enregistrée. Selon les données officielles 55% des femmes seraient économiquement actives et 32% d’entre elles seraient enregistrées en tant que propriétaires d’entreprises.

Mais ces chiffres ne représenteraient pas la réalité car les hommes enregistrent souvent des entreprises aux noms de leurs femmes ou de leurs filles pour diverses raisons : soit que l’homme est déjà propriétaires d’une ou de plusieurs entreprises, soit pour réduire les risques liés aux remboursements d’emprunts, soit encore en raison d’incitations pour enregistrer une entreprise au nom d’une femme (programmes d’aide aux femmes). Ainsi il y aurait 13% des femmes actives qui seraient propriétaires et en même temps gérantes de leur entreprise.

4- Les domaines d’activité des femmes
Les femmes sont particulièrement présentes dans les secteurs où l’entrée est relativement aisée, la spécialisation est faible et où il n’existe pas une forte compétitivité. Généralement, elles sont présentes dans les activités suivantes :
– dans les services : salon de beauté, atelier de retouches d’habillement, restauration, gymnase, services éducatifs
– dans le commerce : alimentation, articles ménagers, vêtements, produits cosmétiques, produits d’hygiène
– dans l’agriculture : élevage, horticulture, culture de légumes, processus simples de transformation alimentaires
– dans la production : confection de vêtements, confiserie, boulangerie.

Mais vu la situation actuelle, il est important d’élargir le spectre de la présence féminine, d’aider à la promotion des femmes entrepreneurs et d’accroître leur participation à l’économie globale. Ainsi, au cours des dernières années l’ANP-PME a encouragé, après identification des opportunités, la création de nouvelles start-ups dans de nombreuses collectivités.

En 2011 et 2012, environ 40% des demandes de création de nouvelles entreprises provenaient de femmes ; mais c’est la moitié des demandes qui a été retenu en raison du manque d’idées innovantes. C’est un début encourageant.

Le nombre de nouvelles start-ups ainsi que le pourcentage de femmes entrepreneurs sont des indicateurs du dynamisme d’une économie. La promotion d’entreprises plus innovantes est aussi une nécessité car, comme indiqué plus haut, la plupart des entreprises « féminines » existantes sont dans des domaines où la société ‘tolère’ le rôle des femmes et dont les marchés généralement sont déjà saturés.

Pour cela il faudra améliorer et renforcer l’aide à l’entreprenariat des femmes en termes de conseils d’affaires, d’organisation et de soutien ciblé à travers des programmes gouvernementaux et des institutions d’aide financière.

Plus encore, il faudra créer une nouvelle image de la femme, de sa valeur sociale, de son esprit d’entreprise et de son rôle dans le développement du pays.

La deuxième partie de l’article présentera les possibilités d’intervention pour développer l’entreprenariat féminin et citera quelques ‘success stories’.

(*) Cependant certains considèrent qu’au départ, dans des pays comme l’Arménie, les considérations homme/femme ne sont pas une urgence et la priorité doit être donnée à l’amélioration des politiques de développement des PME, aux programmes de soutien et aux interventions concrètes pour remédier aux défaillances du marché.
Dans cette optique, les difficultés spécifiques aux entrepreneurs femmes feraient l’objet d’une plus grande attention à un stade ultérieur, lorsqu’elles seront plus nombreuses et lorsque les modèles traditionnels de la société évolueront.
Gérard Achdjian
APRICOT Group
Mise en relations d’affaires avec l’Arménie
www.apricotgroup.eu
Pour des informations détaillées sur l’économie de l’Arménie, veuillez consulter le site www.gab-ibn.com

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