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Le secteur informatique en 2015 : progrès et défis

Le domaine des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) est la pierre angulaire du développement économique de l’Arménie. Il ne dépend ni des ressources minérales du pays, ni de la fermeture des frontières, ni de la situation régionale. Il n’a besoin que de spécialistes hautement qualifiés capables de développer et de promouvoir des solutions innovantes. En 2015, grâce à leurs réalisations, les entreprises arméniennes de TIC ont commencé à émerger sur le marché international.

Au cours des 10 dernières années, le secteur informatique a progressé au taux moyen de 22% par an, hors services internet. Fin 2015 les entreprises de services informatiques étaient au nombre de 450 environ dont 13% dans le domaine des hautes technologies.
Le revenu de l’ensemble du secteur a représenté 4,3% du PIB en 2014 et 5% en 2015, soit 550 millions USD.

Plusieurs raisons expliquent cette croissance rapide :
– l’existence d’une main d’œuvre relativement compétitive qui attire les entreprises étrangères (américaines en majorité)
– la forte valeur ajoutée du secteur,
– un environnement et une réglementation commerciale relativement favorables.
Cependant, la qualité de la formation doit être améliorer pour permettre la poursuite de cette dynamique.

L’évolution du secteur informatique et la situation du marché du travail

Si au départ, l’intérêt des entreprises étrangères était d’externaliser à bas-coûts leurs travaux informatiques, aujourd’hui le secteur fait l’objet d’une transformation majeure : sous l’impulsion des grandes entreprises internationales des applications plus complexes sont en train d’être développées ; elles génèrent plus de marges et de valeur ajoutée (1).

Cette évolution implique un niveau de connaissance plus élevé et le secteur de la formation spécialisée doit pouvoir s’adapter et relever le défi. Généralement, la pénurie de travailleurs qualifiés augmente à mesure qu’un domaine devient plus sophistiqué. Dans le cas de l’Arménie, le manque de main-d’œuvre qualifiée est un facteur clé qui entrave la croissance du secteur vu la petite taille de sa population active.

Les besoins augmentent d’année en année : il y avait 11.500 salariés dans le secteur informatique en 2014, soit 10% de plus que l’année précédente ; en 2015 ce nombre était de 15 000 environ.

Chaque année, 1 700 emplois bien rémunérés sont créés et il y a environ 2.000 diplômés de diverses universités ; mais seulement 45 % sont considérés comme qualifiés par les entreprises.

Ainsi, selon les différentes estimations les entreprises TIC auraient besoin de 3 500 à 4 000 ingénieurs.

Ce déséquilibre entre l’offre et la demande de spécialistes qualifiés gonfle certainement les salaires mais ils restent compétitifs malgré tout.
La fourchette des salaires est très large et varie entre 300 et 3500 USD selon la qualification ; ils peuvent aller jusqu’à 4 500 USD pour les spécialistes les plus compétents. On sait que le salaire moyen dans le pays est de 340 USD environ.

De même, la productivité moyenne du travail est presque cinq fois plus élevée que la moyenne de l’économie et elle continue à augmenter.

Les insuffisances de la formation
Principalement 5 universités se partagent la plupart des étudiants en informatique. Ce sont l’Université d’Etat d’Ingénieurs d’Arménie, l’Université d’Etat d’Erevan, l’Université Russo-Arménienne (slavonique), l’Université Américaine d’Arménie et de l’Académie Européenne Régionale.

Il existe aussi plusieurs petites et moyennes structures avec des capacités et des infrastructures limitées (2).

Malgré les récentes réformes du système éducatif, les méthodes pédagogiques actuelles ne satisfont pas pleinement aux exigences du secteur des TIC.

Le principal obstacle est le financement : les fonds alloués par l’Etat sont limités et les universités ne sont pas en mesure d’augmenter les scolarités vu les moyens financiers limités des étudiants. Ainsi les rémunérations du personnel enseignant hautement qualifié sont le problème majeur surtout dans les universités d’Etat.
Pour 2015-2016, le Forum économique mondial a classé l’Arménie au 72ème rang sur 140 pays pour l’enseignement supérieur

Pour pallier à ces insuffisances, certaines entreprises ont mis en place des programmes conjoints avec les universités ou financent des laboratoires destinés à préparer les spécialistes de la société. D’autres ont créé des programmes de formation en interne pour leurs futurs collaborateurs ou offrent des stages non rémunérés.

Quelques réalisations récentes des entreprises TIC
Malgré ces insuffisances et lacunes plusieurs réalisations innovantes d’entreprises arméniennes occupent déjà une place de choix au niveau international. On peut citer :

Le jeu mobile Shadowmatic qui a été développé par « Triada Studio Games ». Il a été reconnu par Apple et plusieurs pays comme le meilleur jeu novateur de l’année 2015 et a reçu des prix internationaux prestigieux, comme le « Apple Design Awards ».

– La startup arméno-américain « SoloLearn » est une entreprise de la Silicon Valley qui propose des programmes d’apprentissage de programmation en ligne ; elle est devenue le leader mondial dans ce domaine.

– La startup « Render Forest » a développé une plate-forme en ligne destinée aux créateurs de vidéos haute résolution.

Des rencontres internationales et des expositions spécialisées sont aussi organisées de plus en plus fréquemment à Erévan.

– Fin de Septembre, la conférence internationale intitulé « Sciences Informatiques et Technologies de l’Information » a réuni à Erevan, une quarantaine de participants en provenance de Russie, d’Europe, des Etats-Unis et du Japon. Quelques 130 rapports scientifiques ont été présentés.

– Le 10 octobre a été inauguré le salon des « fab lab » arméniens. Ces espaces regroupent des spécialistes des différentes disciplines pour stimuler la recherche scientifique dans les domaines de la robotique, de la physique et de la construction de machines, entre autres (3).

– En octobre toujours, des entreprises informatiques d’Arménie, de Russie, de Taiwan, de Chine, d’Iran et d’autres pays, ont présenté leurs solutions innovantes au cours de la 11ème exposition annuelle Digitec Expo.

– En décembre a eu lieu pour la première fois en Arménie l’exposition « Ball of Robots ».  Les visiteurs ont pu admirer des robots en provenance de plusieurs pays et se rendre compte des dernières réalisations en matière de robotique, d’intelligence artificielle et d’enseignement.

Les encouragements de l’Etat

Le gouvernement arménien vient d’approuver une série de mesures qui devrait permettre au secteur des TIC de rester le secteur le plus dynamique de l’économie arménienne. On peut citer :
– l’encouragement de la croissance du secteur basée sur l’exportation
– l’amélioration de la qualité de l’enseignement de l’informatique. En septembre dernier le ministère de l’Éducation a introduit, à titre expérimental, l’enseignement de l’informatique, de la microélectronique et des télécommunications comme des matières obligatoires dans cinq écoles secondaires. Dix autres écoles devraient proposer ce même type de cours à partir de septembre 2016.

– Un projet de loi a été adopté qui vise à accorder des allégements fiscaux aux TIC qui emploient jusqu’à 30 salariés ; 61 startups auraient déjà bénéficié de cette mesure en 2015.
Ces mesures devraient pouvoir dynamiser encore plus de secteur tout en sachant que les moyens financiers restent l’élément de plus important dans le domaine des hautes technologies.

Gérard Achdjian
APRICOT Group
Mise en relations d’affaires avec l’Arménie 
www.apricotgroup.eu

Pour des informations détaillées sur l’économie de l’Arménie, veuillez consulter le site
 www.gab-ibn.com

(1) Par exemple, Synopsys, l’un des leaders mondiaux dans la conception de puces, est la plus grande société de logiciels en Arménie avec 750 spécialistes ; son bureau de Yérévan est le plus important à l’extérieur des États-Unis.
La société gère également une chaire de science informatique à l’Université d’État d’ingénierie d’Arménie.
 (2) En 2013-2014, environ 8 500 jeunes étaient inscrits dans les cursus informatiques, soit environ 10% de la population étudiante totale, contre 20% pour les cursus économie/gestion.
(3) Les fab lab sont des espaces collectifs (coworking) pour imaginer, concevoir et prototyper les services de demain ; on les considère comme des lieux de création et d’apprentissage où collaborent des spécialistes de haut niveau dans divers domaines.