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L’économie arménienne dans une impasse ?

Le début de l’année 2015 a été marqué par l’adhésion de l’Arménie à l’Union Economique Eurasiatique (UEE) dans un contexte de tension extrême entre l’Ouest et la Russie (crise ukrainienne, embargo à l’entrée des produits occidentaux en Russie, importante baisse des prix du gaz et du pétrole sur les marchés internationaux…) (1). Cette instabilité a donné lieu à une forte dépréciation du rouble et suivie de celle du dram.

I- Une évolution macroéconomique défavorable

Les résultats macroéconomiques des 4 premiers mois de 2015 montrent des signes évidents de faiblesse.

** L’indicateur d’activité économique n’a augmenté que de 2,7% au lieu de 4,1% à la même période de 2014 (+7,2% en 2012 et +6,1% en 2011). Parmi les principales raisons de ce recul on peut citer :

– l’augmentation des prix à la suite de la dépréciation du dram (baisse de 16% par rapport à il y a un an).

– l’attentisme des chefs d’entreprises dans l’expectative d’un éclaircissement de la situation après l’entrée de l’Arménie dans l’UEE. En effet, la dépréciation du rouble plus forte que celle du dram est un handicape sérieux pour les producteurs arméniens : les produits d’origine russe sont alors moins chers et peuvent  mettre hors compétition les producteurs locaux.

– la baisse des transferts des expatriés arméniens qui travaillent en Russie.

Données macroéconomiques

** Ces mêmes observations sont aussi valables lorsqu’on analyse le chiffre d’affaires du commerce intérieur. Globalement celui-ci a régressé de 7,6% sur les 4 premiers mois sous étude alors que les prix ont augmenté de 5% (+6% pour les produits alimentaires et +5,4% pour les produits de consommation durables) ; ainsi le pouvoir d’achat de la population a fortement baissé. (3).

** Le commerce extérieur a reculé aussi : les exportations ont totalisé 376,4 m USD (-18,8%) et les importations 881,7 m USD (-35,8%). Mais, si le déficit commerciale de la période est en léger recul les envois de fonds ont baissé de 46% et ceux en provenance de Russie de 58%.

** Il faut mentionner aussi que même si l’Arménie n’avait pas rejoint l’UEE, l’impact négatif du ralentissement de l’économie russe aurait été aussi forte vu les liens entre les 2 économies. Par ailleurs, les relations commerciales de l’Arménie avec l’UEE et l’Union

Européenne sont du même ordre de grandeur. Ainsi, en 2014 :
– 24% des exportations de l’Arménie étaient destinés à la CEI (dont 20,3% à la Russie)  et 30% à l’Union Européenne

– 30% des importations provenaient de la CEI (25% de Russie) et 26% de l’Union Européenne.
** La réaction des agences de notation

L’agence Moody’s n’a pas manqué d’abaisser rapidement la note de la dette de l’Arménie, invoquant sa forte dépendance de l’économie russe, actuellement en crise. De même l’agence Fitch a déclassé l’Arménie par rapport aux emprunts à  long terme.
Ces baisses de notation auront un effet négatif sur les conditions d’emprunt internationaux, même si l’Arménie a conservé son statut d’économie « modérément libre » contrairement aux autres membres de l’UEE.

II- Un schéma structurel inadapté
Selon les responsables, l’adhésion de l’Arménie à l’UEE devait marquer le point de départ d’une nouvelle ère de croissance et de prospérité ; malheureusement cela ne s’est pas produit, du moins jusqu’à présent. S’il est vrai que la situation internationale n’a pas facilité les choses, des raisons structurelles internes sont aussi responsables de cette situation.

En fait, dès le départ, l’économie arménienne a été bâtie selon un modèle assez particulier qui peut être schématiser ainsi :

– « exportations » de travailleurs, principalement vers la Russie, en contrepartie d’envois de fonds, qui permettent d’assurer la consommation interne.

– pas ou très peu d’investissement dans le secteur réel de l’économie

– « encouragement » de monopoles d’importation.

– développement d’un système bancaire stable qui permet les transferts commerciaux ainsi que ceux des travailleurs arméniens de l’étranger.

– obligations sociales de l’Etat assurées grâce à des emprunts extérieurs à la Banque Mondiale et au Fonds Monétaire International. Jusqu’à présent ces prêts ont  permis au gouvernement de remplir ses obligations.

Après le retournement de l’économie russe le système économique arménien a commencé à vaciller avec la baisse des transferts et des investissements des sociétés russes qui ont un monopole sur les infrastructures de base du pays, sans oublier les graves problèmes au niveau des exportations et des importations.

Les banques de leur côté ont cessé de prêter en dram et le taux de change semble avoir été fixé artificiellement sans aucun rapport avec le marché.

A l’heure actuelle, le gouvernement s’efforce de développer des mécanismes de reprises, mais pour la survie plutôt que pour le développement du pays.

A l’image des autres membres de l’UEE (Bélarus et Kazakhstan) l’Arménie devrait penser à la diversification de ses relations économiques et au rapprochement avec l’Occident. Il faut espérer que des pourparlers s’engageront avec l’Union Européenne et se concrétiseront rapidement.

Le développement de l’Arménie est fonction de la politique économique de l’Etat basée sur l’attrait des investissements vers des projets rentables et des secteurs où les avantages comparatifs sont certains.

Pour cela les autorités, au lieu d’encourager les monopoles d’importation, devraient plutôt réaliser les réformes nécessaires pour assurer un atmosphère de confiance dans le pays.
Elles devraient rendre le marché ouvert et concurrentiel puisque l’attrait des capitaux étrangers  surtout fonction du climat d’investissement, d’une réglementation économique favorable et d’un système judiciaire équitable.

C’est à cette condition que l’Arménie enclenchera une dynamique de croissance et de hausse du niveau de vie de ses citoyens. Sinon l’intégration à un ensemble économique, quel qu’il soit, ne donnera pas les résultats escomptés.
Des vœux maintes fois formulés… et des réformes maintes fois différées…

(1) Voir numéros précédents de France Arménie
(2) Selon la Banque mondiale, 20% de l’économie arménienne dépendraient de ces transferts ; c’est l’un des taux les plus élevés dans le monde.
 (3) Selon une étude sur une plus longue période, le pays aurait enregistré une inflation de 28,2% durant les 4 dernières années alors que les salaires en dram ont progressé de 46%, mais de 15% lorsqu’on les évalue en USD.     

Gérard Achdjian
APRICOT Group
Mise en relations d’affaires avec l’Arménie
www.apricotgroup.eu

Pour des informations détaillées sur l’économie de l’Arménie, veuillez consulter le site
 www.gab-ibn.com