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L’économie de l’Arménie : aspects contradictoires et complexes

L’économie arménienne montre des indicateurs macroéconomiques relativement acceptables alors les inégalités sociales sont de plus en plus flagrantes ; ceux qui quittent le pays sont de plus en plus nombreux.  
Les relations économiques de l’Arménie avec ses voisins immédiats sont loin d’être simples ; des aspects contradictoires et complexes apparaissent aussi dans les relations avec les grandes puissances puisque l’Occident et la Russie sont en compétition dans cette partie du monde. Cet article donne un aperçu rapide de quelques aspects de cette situation complexe.

De résultats macroéconomiques positifs
Le taux de croissance du PIB pour les 9 premiers mois de l’année en cours a été de 9,3% par rapport à la même période de 2011 et le gouvernement prévoit une croissance de 6,2% pour 2013.

Mais l’Arménie revient de loin puisque, en raison de la crise, le PIB avait reculé de 14,4% en 2009 ; il avait recommencé à croitre en 2010 (+2,6%) et en 2011 (+5,9%).
Les autres indicateurs peuvent aussi être considérés comme acceptables même si le secteur de la construction enregistre toujours un recul (1,2%), moins important il est vrai que les années précédentes.

Ainsi la production industrielle a progressée de 10% durant les 10 premiers mois de 2012, la production agricole de 8,2%, le commerce de détails de 3,2%, les services aux ménages de 11%.

Par ailleurs, Les prix à la consommation n’ont augmenté que de 2,4% depuis le début de l’année contre +7,7% en 2011 et les prix à la production de 6,3% au lieu de +9,1% l’an dernier.
Le budget de l’Etat pour 2013 vient d’être voté : les prévisions de recettes s’élèvent à 3,3 milliards USD et celles des dépenses à 3,8 milliards dont plus de  40% sont des dépenses sociales.

Le déficit budgétaire prévu est estimé de 2,6% par rapport au PIB contre 2,8% pour 2012. Sa diminution est la conséquence de l’augmentation des prélèvements sociaux.
Ces prévisions sont faites dans l’hypothèse d’un taux de croissance de 6,2% et d’une inflation de 4% plus ou moins 1,5%

Ces résultats positifs peuvent être expliqués par les résultats encourageants dans certains secteurs. On peut donner de nombreux exemples : , la progression continue du tourisme, la  situation favorable du secteur minier, la création de nombreuses nouvelles usines (textile, vin et brandy), la réouverture de l’usine chimique de Vanadzor, le succès international de certaines entreprises ( `Rafelgrig’ qui équipera en relais des avions russes Sukhoi et Antonov), la présence en Arménie des grands noms des technologies de l’information tels que Synopsys, D-Link,  Oracle, Intel (projet de création d’un centre de recherche en Arménie), le projet de création d’une fabrique de circuits intégrés (puces électroniques)…
Le congrès « ArmThech 12 », qui vient de se tenir l’Université de Sandford, a été un franc succès ; des projets de coopération pourraient voir le jour (IBM en Arménie). Un bureau de représentation des hautes technologies d’Arménie a été aussi inauguré à Silicon Valley.

Mais… une corruption fortement enracinée  
Malgré ces aspects positifs, les investissements étrangers ont reculé de 35%, entre janvier et septembre 2012, à 391 m USD. Les investissements non financiers ont représenté 221,3 m contre 479,4 m pour la même période de 2011.

Pour le FMI et de nombreux observateurs, l’un des obstacles majeurs qui freinent les investissements est la difficulté de travailler avec le gouvernement arménien et de négocier des accords : la part demandée par l’interlocuteur est difficile à déterminer. Ces comportements sont contraires aux intérêts du pays surtout dans la situation géopolitique compliquée actuelle.

Mais la corruption est aussi présente à tous les niveaux de l’Administration ; les domaines les plus touchés sont la Police, les ministères du Travail, de la Justice, de la Défense, de l’Education, de la Santé et la Municipalité d’Erévan, entre autres.

C’est un mal qui pénalise très fortement aussi bien la vie quotidienne des citoyens que le développement économique du pays, sans parler des institutions politiques et de la démocratie. Le bureau du médiateur de la République a reçu plus de 5600 plaintes depuis le début de l’année provenant de citoyens qui sont victimes d’injustices.

Néanmoins, ces derniers temps le gouvernement a intensifié la lutte contre ce mal. De nombreux hommes d’affaires « intouchables » ont été pénalisés pour diverses raisons. Des poursuites disciplinaires ont été engagées à l’encontre de procureurs ; un procureur principal a été démis de ses fonctions. Des poursuites disciplinaires ont été engagées à l’encontre de notaires.

Mais tout cela semble n’avoir aucun effet sur la corruption généralisée ; selon Transparency International, l’Arménie est classée 105ème sur 112 pays, en 2012.

La complexité des relations extérieures
Une course semble être engagée entre l’Occident et l’Eurasie (Russie) autour de l’Arménie ; Russes et Occidentaux semblent vouloir l’attirer chacun dans son camp en accordant des crédits via les institutions internationales.

Ainsi, le Comité de Direction du FMI vient d’approuvé une nouvelle tranche de crédit à l’Arménie pour un montant de 51,4 m USD, malgré les récentes critiques de son représentant permanant en Arménie concernant la corruption.

C’est le secteur minier qui a attiré le plus d’investissements occidentaux durant la dernière période. Mais il semble que les Etats-Unis veuillent stimuler aussi les technologies de l’information. Plusieurs faits récents dans le domaine de l’informatique, signalés plus haut, vont dans ce sens.

La Russie de son côté semble vouloir contrer ces initiatives en accordant des crédits supplémentaires : possibilité de crédit de 100 m USD de la Banque de Développement Eurasiatique pour le corridor Nord-Sud, possibilité d’un autre crédit de 100 m USD de cette même banque pour la modernisation et le redémarrage de l’usine chimique de Naïrit
La Russie exerce aussi de fortes pressions pour que l’Arménie adhère à l’Union douanière Eurasiatique (Russie, Belarus, Kazakhstan) ; elle a même demandé à la Turquie d’y adhérer.  Une telle démarche entrainerait-elle l’ouverture de la frontière arméno-turque ? Dans ce cas l’Arménie ne pourrait plus utiliser l’argument selon lequel elle n’a pas de frontière commune avec les autres membres de cette Union. En 2008 la même promesse avait été faite pour pousser l’Arménie à engager la diplomatie de football.

Mais certainement la frontière n’ouvrira pas. L’amélioration des relations entre la Russie et la Turquie se fait toujours aux dépends de l’Arménie.

L’intérêt des occidentaux pour l’Arménie paraît un élément nouveau et peut augmenter son importance dans la région à condition qu’elle ne paie pas le prix fort d’un éventuel rapprochement turco-russe.

Aujourd’hui, l’Arménie est en négociation avec l’Union Européenne en vu de son rapprochement à la zone européenne de libre échange ; elle doit aussi mettre en place des mécanismes pour approfondir ses relations avec l’Union Eurasiatique. Pour elle ces deux espaces d’intégration ne sont pas contradictoires mais complémentaires ; cela pourrait même renforcer sa position internationale. Mais ces avantages devraient profiter à l’ensemble de la population et accroître de niveau de vie dans le pays.

Ici les intérêts économiques et géostratégiques se rejoignent et il est extrêmement difficile de naviguer dans l’incertitude. Il faut espérer que les autorités arméniennes puissent s’en sortir avec le moins de dégâts possibles.

Gérard Achdjian
APRICOT Group
Mise en relations d’affaires avec l’Arménie
 www.apricotgroup.eu         
                                                                                 
 * Pour des informations détaillées sur l’économie de l’Arménie, veuillez consulter le site  www.gab-ibn.com.