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Baisse de la population et dégradation sociale, des défis prioritaires à relever

On estime à 1 million, le nombre de personnes qui ont quitté l’Arménie depuis l’indépendance :  600 000 sous le mandat du Président Ter-Petrossyan (1991-1998),    130 000 sous le mandat du Président Kotcharyan (1998-2008) et 260 000 depuis 2008 (mandat du Président Serge Sargsyan).

Selon les données officielles la population arménienne s’élevait à 2 998 600 personnes au 31 décembre 2015, mais d’autres sources l’estiment à 2,6 millions. La baisse de la population est une préoccupation constante depuis l’indépendance.

Cette chronique présente les principaux indicateurs démographiques et les raisons de l’émigration.

I- Les principaux indicateurs démographiques
1- Les naissances et le déséquilibre garçons/filles. Les naissances avaient enregistré une augmentation de plus de 10% en 2014, mais elles ont régressé en 2015 pour revenir à leur niveau de 2013.

Les nouveaux nées garçons sont plus nombreux que les filles en raison de la pratique accrue de l’avortement sélective ; le rapport est de 113 garçons pour 100 filles (1).
Depuis le 2 juillet 2015, une nouvelle législation interdit cette pratique mais on ne peut espérer une modification des comportements sans un changement dans les mentalités de la société.

Dans le classement international des avortements sélectifs, l’Arménie arrive en 3ème position après la Chine et l’Azerbaïdjan. La Géorgie et l’Albanie arrivent de peu derrière l’Arménie.

Ce problème est grave surtout dans la situation actuelle où le taux de fécondité (2) est faible ; il a été divisé par 2 depuis l’indépendance.

De plus les démographes estiment que d’ici quelques années, 40 000 jeunes adolescents ne trouveront pas leur âme sœur du fait du déséquilibre démographique.

2- Le nombre d’enfants mort-nés augmente aussi en raison du manque de soins prodigués aux femmes enceintes ; normalement la prise en charge est gratuite mais en réalité ceci n’est vrai que dans de rares hôpitaux et le manque de moyens financiers n’encourage pas les suivis réguliers.

Il faut aussi noter l’augmentation significative du nombre d’avortements et l’extension des maladies sexuellement transmissibles.

3- Plusieurs raisons expliquent la baisse de la natalité et le recul des mariages :
– le manque de moyens financiers ; c’est la raison principale,
– le chômage structurel et la faiblesse des salaires alors qu’il y a des emplois non pourvus,
– le manque de logements ; il faut trouver des solutions surtout pour les couches populaires en créant un « fonds spécial » pour offrir des habitations à des prix abordables,
– l’âge moyen du mariage : 30 ans pour les hommes et 27 pour les femmes. Comme partout ailleurs les jeunes ont pour priorité leur formation et leur carrière ; la famille devient une préoccupation secondaire,
– l’activité minière dans certaines régions (3).

4- Le nombre des décès est encore bien inférieur à celui des naissances ; l’espérance de vie moyenne est de 74,12 ans (77,8 ans pour les femmes et 70,9 ans pour les hommes).
Par ailleurs, l’Arménie est en 43ème position pour l’indice mondial de vieillissement sur une liste de 91 pays. Cette classification est établie en fonction de la qualité de vie et la santé des personnes âgées. La Géorgie est 29ème, la Russie 65ème, la Turquie 75ème.

5- En Arménie, un mariage sur 5 se solde par un divorce soit un taux de 20% ce qui est inférieur aux taux relevés dans d’autres pays (50% en Russie, par exemple). Ceci s’explique par le fait que les gens considèrent que la famille est une protection contre les chocs sociaux, économiques, psychologiques ou autres.

En 2015, il y a eu 17 603 mariages et 3 669 divorces, en baisse par rapport à l’année précédente.

Il faut signaler aussi que 75% des femmes arméniennes subissent des violences domestiques (psychologique et autres) et 5% la violence physique. Elles sont culpabilisées ou se culpabilisent elles-mêmes et préfèrent garder le silence. Ceci est plus marqué en province dans les couches populaires.

II- L’émigration

C’est un phénomène qui a commencé depuis l’indépendance.
Le bas niveau des salaires et l’avenir socio-économique morose du pays sont parmi les premières causes de l’émigration massive de la population arménienne.

Environ la moitié des migrants sont des expatriés économiques qui quittent le pays pour travailler en majorité en Russie ; l’autre moitié est constituée de migrants permanents qui quittent le pays pour ne plus y revenir.

Le tiers de la population du pays serait des migrants potentiels pour de multiples raisons : bas niveau des salaires (33.9%), conditions sociales difficiles (8.1%), bas niveau des retraites (6.5%), impossibilité de payer les soins de santé (4,4%), manque d’espoir quant à l’avenir. Selon les observateurs, si aucune modification drastique n’intervient, la population du pays sera réduite de moitié dans les 50 prochaines années.

Depuis de longues années la destination privilégiée des travailleurs arméniens non qualifiés est la Russie ; mais depuis le début de la crise économique dans ce pays beaucoup rentrent auprès de leurs familles pour ne plus repartir. Un mouvement de migration de travailleurs arméniens serait aussi perceptible de Russie vers l’Allemagne.

Aujourd’hui l’émigration concerne aussi les spécialistes qualifiés qui s’expatrient pour trouver de meilleures conditions de vie ; l’Allemagne est une destination privilégiée non seulement pour les spécialistes des technologies de l’information mais aussi pour les médecins.

L’émigration des spécialistes est une double perte pour l’Arménie ; d’abord une perte immédiate de compétences mais aussi une perte financière et d’effort d’éducation car durant de longues années l’Etat et les familles ont investi des sommes très importantes pour leur formation.

Dans le même ordre d’idée il faut remarquer aussi que beaucoup d’enfants scolarisables suivent leurs parents ce qui accroit encore plus l’hémorragie des forces vives actuelles mais aussi futures de la nation.

Parallèlement, ces dernières années l’Arménie a accueilli un grand nombre de réfugiés arméniens de Syrie. Environ 20 000 selon les estimations ; 16 000 ont déjà la nationalité arménienne et essaient de s’intégrer dans la vie sociale en Arménie. Le reste se prépare à émigrer au Canada.

La situation sociale d’un pays ne peut s’améliorer qu’avec la situation économique et l’évolution des mentalités.
Si certaines conditions d’amélioration sont liées directement aux contextes économiques et géopolitiques internationaux, d’autres dépendent de la volonté des Arméniens eux-mêmes ; l’émigration, la dégradation de l’environnement économique, le manque d’investissement, la lutte contre l’économie souterraine et les oligarchies sont quelques-uns des défis que l’Arménie doit absolument surmonter rapidement.

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(1) Durant la première semaine de 2016, 394 naissances ont été enregistrées à Erévan dont 209 garçons et 185 filles.
(2) Le taux de fécondité est le rapport du nombre de naissances vivantes de l’année à l’ensemble de la population féminine en âge de procréer (femmes entre 15 et 50 ans). C’est le taux de 2,1 enfants par femme qui maintient constant le niveau de la population.
 (3) Une étude réalisée dans les villes d’Alaverdi et de Artik montre clairement ceci; la première est une ville minière ce qui n’est pas le cas pour la seconde .
Réalisée en 2013, l’étude a porté sur des échantillons de femmes âgées de 18 à 50 ans. Elle a montré que les chances de donner naissance à un enfant mort-né étaient 2,38 fois plus élevé à Alaverdi qu’à Artik ; celles d’un avortement provoqué pour des raisons médicales 2,67 fois plus élevé et celles d’une mortalité prénatale précoce 2,67 fois plus élevé.
Alaverdi est exposé aux émanations de métaux lourds et à la pollution de dioxyde de soufre de la fonderie de cuivre de la ville.

Gérard Achdjian
APRICOT Group
Mise en relations d’affaires avec l’Arménie
www.apricotgroup.eu

Pour des informations détaillées sur l’économie de l’Arménie, veuillez consulter le site
 www.gab-ibn.com