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Janvier 2017 – Le nouveau programme de relance; sera-t-il le bon ?

Nous présentons dans cette chronique les grandes lignes du programme du nouveau gouvernement arménien. Certes dans la situation actuelle du pays il semble bien difficile d’enclencher une dynamique de changement de système de gouvernance et les Arméniens sont bien sceptiques. Mais certains développements de ces dernières semaines pourraient être les prémisses d’un léger frémissement positif.
Ce n’est pas la première fois que les autorités lancent en grande pompe des plans de développement pour régler les problèmes économiques et sociaux de l’Arménie ; celui-ci sera-t-il le bon ?

Le programme du nouveau gouvernement
L’objectif est de rétablir la confiance vis-à-vis des autorités et d’améliorer la situation économique du pays. La lutte contre les monopoles et l’économie souterraine est une priorité.
Le Premier Ministre a annoncé le lancement de « changements systémiques » surtout aux niveaux des administrations et de l’environnement des affaires.

a – Les réformes des administrations publiques
Elles doivent permettre le développement des institutions démocratiques, l’amélioration de la gouvernance, la réduction de la corruption et une confiance accrue dans les processus politiques.
Elles doivent aussi faciliter les relations de la population avec les administrations : modernisation, réduction de la bureaucratie, création de guichets uniques.
Ces changements devraient améliorer tout naturellement l’image des fonctionnaires ; ceci est vrai en particulier pour les agents du ministère des finances et des douanes. A l’ère des technologies de l’information l’e-gouvernance est une nécessité.
Par ailleurs, la criminalisation de « l’enrichissement illicite » des fonctionnaires, l’adoption d’une nouvelle législation sur les conflits d’intérêt et la réforme du système des marchés publics sont considérées comme prioritaires.

b – L’amélioration de l’environnement des affaires
La réforme de l’administration publique est nécessaire, mais insuffisante ; il faut en même temps améliorer l’environnement des affaires, promouvoir les investissements et surtout rassurer les investisseurs internationaux quant à la sécurité et la rentabilité des projets en Arménie.
Les secteurs stratégiques de l’économie (agriculture, agro-industries, tourisme, technologies de l’information) seront encouragés par des prix préférentiels de l’énergie et des incitations fiscales.
Le commerce extérieur sera soutenu par le développement des moyens de transport internationaux, le développement de mécanismes d’assurance, la réduction des délais de remboursement de la TVA ainsi que la simplification des procédures.

c- Les réformes dans les domaines de la santé et de l’éducation
Le programme préconise aussi la réorganisation du système de santé pour que les traitements soient plus efficaces et plus personnalisés ; un système électronique d’information sanitaire sera mis en place.
La qualité du système d’enseignement supérieur devrait aussi être améliorée afin d’accroître les compétences professionnelles et faciliter l’accès des jeunes au marché du travail.
Ainsi, le développement économique durable est considéré comme la clé de la lutte contre la pauvreté et le chômage ; la croissance économique est le meilleur remède contre la polarisation sociale.

Ce programme ne peut certainement pas être réalisé en quelques semaines ni en quelques mois ; des changements systémiques aussi fondamentaux demandent du temps. Mais le scepticisme de la population est telle que quelques signaux doivent être envoyé rapidement.

Les difficultés de réalisation
De l’avis général la situation actuelle en Arménie n’est pas simple et se caractérise par des dérives en matière de démocratie, le recul économique de ces derniers mois et le scepticisme de la population.
a- Le recul des perspectives démocratiques s’est aggravé ces dernières années ; on peut citer comme exemples :
– le changement radical de la politique étrangère avec la décision d’intégrer l’Union Economique Eurasienne (UEE) dont les membres ont des régimes plutôt autoritaires (décision prise le 3 Septembre 2013).
– l’adoption d’une nouvelle constitution et l’abandon du régime présidentiel pour un régime parlementaire qui donne le pouvoir au Premier Ministre et au parlement (référendum du 6 Décembre). En soi, ce changement pourrait améliorer le processus démocratique mais il y a de fortes craintes qu’un système de « chaises musicales » à la russe (entre Président de la République et Premier ministre) ne soit mis en place et pérennise le pouvoir de l’homme fort du régime.
Ainsi l’Arménie suivrait l’exemple des trois autres membres de l’UEE en se dirigeant vers un régime autoritaire.
– Par ailleurs, l’oligarchie, la corruption généralisée, les élections frauduleuses de même que les protestations, manifestations et violences des étés 2015 et 2016 ne peuvent pas renforcer la confiance des Arméniens dans les autorités du pays.

b- le recul de l’activité économique durant l’année en cours.
Contrairement aux bonnes intentions du nouveau Premier Ministre et de son gouvernement, les résultats économiques de ces derniers mois ne sont pas au rendez-vous ; ils ont fortement reculé. L’indice de l’activité économique n’a progressé que de 0,4% pour les 10 premiers mois de l’année par rapport à la même période de 2015.
Cet indice a été supérieur à 5% lors des cinq premiers mois de 2016 pour devenir négatif ensuite et baisser jusqu’à -7,8% en octobre.
Si l’industrie a progressé de 6,5% grâce au secteur minier, l’agriculture (secteur stratégique) a enregistré un recul de 7,3% et la construction a régressé de 9,8%. Seuls les services ont progressé de 7,7%.
Parallèlement les exportations ont fait un bon de 19,8% toujours sous l’effet de l’activité minière mais les importations ont reculé de 0,3% en raison de la baisse de la demande intérieur.
Pour sa part la Banque Mondiale a abaissé à 0% ses prévisions de croissance pour 2016 et la dette publique a augmenté de 10,4% depuis le début de l’année, à 5,6 milliards USD.

c- Le scepticisme ambiant

Selon un sondage de la filiale arménienne de « Transparency International », d’une manière générale la société arménienne reste sceptique quant à la lutte contre la corruption ; près de deux Arméniens sur trois estimeraient que le gouvernement ne fait pas assez pour lutter contre ce fléau généralisé, le népotisme et les conflits d’intérêts ; mais ils n’alerteraient pas les autorités s’ils étaient témoins de corruption par crainte de représailles.
En 2015, l’Arménie occupait la 95ème place sur 168 pays dans le classement selon l’indice de perception de la corruption de « Transparency International ». Sa position n’a pratiquement pas changé au cours de la dernière décennie.

Existe-t-il cependant un espoir d’enclencher une dynamique économique ?
Il est possible de relever quelques développements positifs survenus depuis peu et qui pourraient avoir des conséquences à long terme.
Un premier exemple concret est l’action du Comité d’Etat des recettes qui a aidé un importateur qui faisait face à des obstacles pour importer des bananes de Russie. Des hommes non identifiés avaient tenté d’empêcher cette importation. L’intervention du Comté a a permis d’importer les bananes.
Le comité a déclaré que personne n’a le droit de créer des obstacles pour les activités commerciales et a exhorté tout le monde à l’informer sur les problèmes.
Dans le domaine de l’énergie il faut d’abord signaler la réduction du prix du gaz naturel à partir de janvier 2017 (1) alors que plusieurs projets sont en bonne voie. Ainsi :
– le gouvernement prévoit d’attirer 300 m USD, avant 2020, pour la construction de parcs éoliens d’une puissance totale de 200 MW.
Des investisseurs d’Iran, d’Italie, d’Espagne, de Chine et de Géorgie seraient intéressés.
– par ailleurs quelque 100 m USD seront investis dans la construction d’une centrale géothermique dans le sud du pays à proximité de la ville de Sisian ; elle aura une capacité de 30 MW. Ce sera la première centrale électrique géothermique dans la région.
– en 2017, le gouvernement annoncera aussi un appel d’offres international pour la construction d’une centrale solaire de 50 MW dans la province de Gegharkunik,
D’autres aides et subventions sont aussi prévues :
– la Banque européenne d’investissement (BEI) accordera un nouveau prêt de 50 m EUR (55 m USD) destiné aux PME engagées dans l’agriculture, la transformation alimentaire et le tourisme. Elle va aussi octroyer 12 m EUR pour soutenir l’achèvement du Corridor routier Nord-Sud.
– l’Allemagne fournira 54,4 m EUR à l’Arménie en prêts et subventions par l’intermédiaire de la banque allemande KfW.
– par ailleurs, le développement des relations avec la Chine est en bonne voie. L’Arménie est en train de négocier avec ce pays un régime GSP+ qui permettra d’appliquer un régime préférentiel à certains produits arméniens (2). La Chine serait aussi prête à investir dans le secteur agricole d’Arménie.

Plusieurs de ces développements sont le résultat d’initiatives du gouvernement ; ils ouvrent des perspectives économiques et sociales intéressantes à moyen et long terme. L’important est de limiter la corruption et de maîtriser autant que possible l’activité des monopoles.
Cependant des résultats à courts termes permettraient d’adhérer la population au projet gouvernemental. Croisons les doigts pour 2017.

(1) Elle sera dans les proportions suivantes :
– pour les ménages : – 5 % (139 AMD au lieu de 147 le m3 (30 centime USD)
– pour les ménages à faible revenu 100 AMD le m3
– pour les sociétés : – 15 %, (116 AMD m3)
– les serres et certaines entreprises de transformation alimentaire obtiendront des rabais encore plus importants, jusqu’à 102 AMD par m3.

(2) Régime GSP+ (Generalised Scheme of Preferences) ou Système Généralisé de Préférences (SGP). Il permet aux pays en développement de payer moins ou pas de droits de douane sur leurs exportations vers les pays qui accordent ce régime. Cela leur donne un accès facile au marché en question (UE, USA ou autres) et contribue à leur croissance économique.
Gérard Achdjian
APRICOT Group
Mise en relations d’affaires avec l’Arménie
www.apricotgroup.eu
Pour des informations détaillées sur l’économie de l’Arménie, veuillez consulter le site www.gab-ibn.com