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L’énergie est au centre des stratégies régionales des grandes puissances

L’énergie est au centre des stratégies régionales des grandes puissances et des pays du Sud Caucase.
L’Arménie, soumise au blocus azéri et sans ressourses énergétiques, fait face à une situation compliquée pour grantir la production de l’électricité indispensable à son développement

Première partie
L’état des lieux des infrastructures existantes

L’électricité a principalement trois origines : nucléaire (34%), thermique (32 %) et hydraulique (34 %).

La production d’électricité en Arménie a été confrontée à de graves difficultés, suite au séisme de 1988 et durant la guerre du Karabagh, au moment de l’indépendance. Les centrales nucléaires et thermiques ne pouvaient plus fonctionner, et l’Arménie a dû compter uniquement sur la production de ses centrales hydroélectriques qui, elles-mêmes, n’ont pu fonctionner à pleine capacité en raison du manque de pièces de remplacement. La production industrielle a donc cessé, entraînant l’effondrement de l’économie.
Le secteur de l’énergie a cependant connu une amélioration progressive à partir du milieu des années 90, et le redémarrage de la deuxième unité de la centrale nucléaire a contribué à mettre fin à la crise de l’énergie : la distribution de l’électricité est passée ainsi de quelques heures à 24 heures par jour.
Cependant, l’Arménie n’ayant aucune ressource en gaz ou en pétrole, son secteur énergétique est tributaire de l’extérieur ; la plus grande partie du gaz est importée de Russie à travers un gazoduc via la Géorgie, alors qu’une petite quantité provient d’Iran via un pipeline.

Les centrales thermiques
Les principales centrales thermiques d’Arménie sont situées à Hrazdan et à Erévan. Les équipements d’origine, vieux de plus de 40 ans, ne répondent plus aux normes techniques, économiques et environnementales actuelles.

1) La centrale de Hrazdan a été transférée à la Russie en 2004, dans le cadre du remboursement des dettes de l’Etat arménien à ArmRusGasprom, la société de distribution de gaz. Récemment, ce nouveau propriétaire a achevé la construction de la cinquième unité de cette centrale, d’une puissance de 440 MW et qui répond aux normes les plus actuelles en la matière.

2) La centrale d’Erévan avait commencé à fonctionner en 1963 ; toutefois, ses installations étaient également obsolètes. Mais en 2010 est entrée en service une nouvelle turbine à gaz de 240 MW, grâce à un prêt de 247 millions de la Banque japonaise pour la Coopération internationale. Cette turbine est deux fois plus efficace que les anciennes unités, et elle est capable de générer environ le quart de la production actuelle d’électricité du pays. Elle a également permis de réduire de 400 à 170 drams le coût de production du kW/h d’électricité. La construction sur le même site de deux autres centrales du même type est actuellement examinée par les responsables.

Il existe aussi à Erévan une autre petite centrale thermique qui travaille principalement pour l’usine chimique Naïrite. Par ailleurs, la centrale de Vanadzor est actuellement à l’arrêt, et ne fonctionnera que si le complexe chimique de Vanadzor redevient opérationnel.

La centrale nucléaire
La centrale nucléaire de Medzamor a été construite dans les années 1970. La capacité totale de ses deux réacteurs est d’environ 800 MW, mais seul l’un d’eux est opérationnel aujourd’hui, l’autre ayant été arrêté depuis le séisme de 1988. Cette centrale est l’un des quelques réacteurs nucléaires de l’époque soviétique encore en service. Depuis 2003, elle est exploitée par la société russe Inter RAO UES, dans le cadre d’un accord pour contribuer au paiement des dettes de l’Arménie envers la Russie. L’unité opérationnelle de 400 MW a dépassé sa durée de vie de 30 ans ; son remplacement par une nouvelle centrale, d’un coût estimé à 5 milliards de dollars, est prévu pour 2021. Les responsables sont à la recherche d’un tel financement extérieur. A défaut, l’Arménie devra faire face à un déficit important d’offre d’énergie.

Les centrales hydroélectriques
Il existe deux grandes cascades hydroélectriques, Sevan-Hrazdan et Vorotan. Comme les autres installations, elles ne répondent plus aux normes techniques, économiques et environnementales d’aujourd’hui.

1) La Cascade Sevan-Hrazdan fournit environ 10% de l’électricité du pays.
Le système se compose de sept centrales de petite et moyenne dimension, tout au long de la rivière Hrazadan. Parmi elles, cinq sont opérationnelles toute l’année ; les deux autres ne fonctionnent que pendant la saison d’irrigation, quand l’eau supplémentaire du lac Sevan est libérée dans le système. Cette quantité d’eau est fonction de la disponibilité de l’eau du lac et des besoins d’irrigation.

C’est l’International Energy Corporation (IEC) qui possède et exploite l’ensemble du système. Cette structure a été créée en 2003 et appartient, depuis 2010, à la société russe RusHydro via sa filiale HydroInvest.

Le projet de réhabilitation de la Cascade Sevan-Hrazdan nécessite d’importants travaux, aussi bien au niveau des centrales hydroélectriques que des canaux et des tunnels. Ils devraient permettre de restaurer en partie la capacité des centrales hydroélectriques, de mettre les normes techniques en conformité avec les pratiques internationales, d’utiliser plus efficacement les ressources en eau, d’assurer la stabilité et la sécurité de l’approvisionnement en électricité du pays et de réduire les dépenses de fonctionnement et d’entretien. On estime qu’après ces travaux, les fuites d’eau seront diminuées de 50 à 85 millions de m3 par an, une quantité d’eau qui peut générer plus de 18 à 30 gigawatts-heure (GWh) d’électricité et être utilisée pour l’irrigation.

Le coût des travaux est estimé à envion 66 millions de dollars, dont 50 millions devraient pouvoir être financés par un endettement externe, tandis que les 16 millions restants proviendraient de sources internes. La Banque asiatique de Développement (BAD) et la Banque européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD) ont accepté d’octroyer un prêt de 25 millions de dollars, venant à échéance en 2029.

2) Le complexe Vorotan est la deuxième plus grande centrale hydroélectrique d’Arménie. Construit dans les années 1970 et 1980, il fournit actuellement 15% de l’électricité du pays et peut alimenter en électricité environ 250 000 familles. Il est constitué de trois centrales hydrauliques situées sur la rivière Vorotan, lesquelles totalisent une puissance de 405 MW.
Le gouvernement arménien envisage de vendre la Cascade Vorotan à ContourGlobal LP,  un producteur d’énergie indépendant basé à New York. Mais dans quelle mesure cette vente correspond-elle aux intérêts stratégique de l’Arménie ?
Il existe aussi de nombreuses petites centrales hydroélectriques plus récentes. En 2012, on en dénombrait plus de 110, dont la moitié construites au cours des dix dernières années.

3) La centrale éolienne
La seule centrale éolienne d’Arménie a été construite en 2005, á Pushkin Pass, dans la région de Lori. Elle a été réalisée par la compagnie Sanir, grâce à des fonds iraniens.
Composée de quatre turbines, elle peut produire environ 3 mégawatts-heure d’électricité, ce qui devrait couvrir au moins les besoins de la ville et des villages aux alentours.
Le pays disposerait d’un potentiel lui permettant de produire 70% de ses besoins en électricité grâce aux énergies éolienne, hydraulique et photovoltaïque.

L’Arménie, n’ayant aucune ressource énergétique fossile, est entièrement dépendante de l’extérieur pour son énergie : sa politique d’approvisionnement en gaz et en pétrole est donc aussi importante que le développement de son infrastructure énergétique. Cette politique revêt aussi un aspect géostratégique de premier plan pour sa survie, surtout dans un environnement régional et international aussi complexe que celui d’aujourd’hui.

Ainsi, la description des relations régionales dans une perspective d’approvisionnement énergétique (1), débouchera sur l’urgence du développement d’énergies revouvelables.

(1) Dans la seconde partie, le mois prochain.

Gérard Achdjian
APRICOT Group
Mise en relation d’affaires avec l’Arménie
www.apricotgroup.eu  

Pour des informations détaillées sur l’économie de l’Arménie, veuillez consulter le site www.gab-ibn.com